La rencontre du petit parc et moi

Aujourd'hui je viens de faire la connaissance d'un petit parc.

La destinée, l'esprit, dieux ou X (tout sauf le hasard) nous a mis en présence.

Conscients de l'intérêt qu'il y a à accélérer notre interdépendance, j'ai décidé de vous raconter mon expérience.

Ce matin mon corps débordait d'éveil.
Il déposait sur mon visage une espèce de sourire Epicurien à tendance sexuelle (ce qui est sans doute une hérésie).
Le goût de l'amour commencait à me travaillait dur. Alors un truc qui me gouverne a envoyé tout çà dans la rue à la rencontre de la providence (une femme douce et sensible avec des petits seins).

J'ai promené un bon moment mes illusions dans les lieux féminins de la ville, mais le destin semblait ailleurs en train de bosser sur les amours de quelqu'un d'autre.

Rue Sautreau, un vieux chien jaune, planqué dans un labyrinthe de gènes hybrides, s'est mis à régler sont pas sur le mien. Sa tête comportait deux grands yeux sombres qu'il sabrait quelques fois d'éclairs audacieux. De temps en temps, il tournaient vers moi ses deux billes rondes pour les fixer sur mes mains vides. Il m'a suivi une rue ou deux, puis, écoeuré par mon dénuement ou par mon odeur avide, il a traversé la rue pour aller balancer quelques jets, sur l'aile rouge d'une Ferrari.

A un moment j'ai pensé le suivre. Il était peut être un de ces signes du destin chargé en silence de m'amener à l'amour ... mais sa tignasse en pagaille et son air frondeur n'en faisaient pas aujourd'hui un bel allié pour ce genre de route ..

Un peu paumé, j'ésitais entre différents itinéraires (sans doute une fuite de testostérone). Je me suis décidé pour la rue Prigent, j'ai traversé le boulevard Venaille et la rue William Cliff.

Mais personne, personne, personne.
Alors bon je prends la tangente, elle était vide elle aussi.
Mon esprit téméraire qui en a vu d'autres des journées et des plus creuses me proposa de remonter la petite allée Nathalie Quintane. J'étais perplexe mais heureusement, je me suis souvenu d'un truc bizarre sur les actes manqués. Alors bon j'ai accepté. La venelle était vide elle aussi, il y avait bien quelques occupants symboliques des bruits d'assiette et des odeurs de cuisine, mais rien de palpables ni de tangibles, sauf qu'au bout du chemin, le petit parc m'attendait.

Quelle belle surprise ! Etalé comme un oeuf au milieu de son pâté de maisons et jouxtant la petite chapelle du Pillouer, l'espace en retrait ne payait pas de mine mais avait l'air tellement serein.

Vous auriez comme moi, aperçu tout de suite son esprit courageux et paisible (par bien des aspects il ressemble à Gandhi) et ressenti aussi la puissance de ses actes magiques (il venait de transformer en quelques secondes la tête d'un rut, en moine cistercien).

Mon cœur était léger. J'ai regardé un moment ce nouvel ami se tapait à l'aplomb du soleil une sieste de roche comme un fossile de loir.

En somnolant il ruisselait d'insouciance. Elle se propageait vers vous comme une épidémie de songe creux.
J'y suis, assis sur un banc, entièrement noyé dans sa liqueur narcotique.

Un vieux figuier au-dessus de moi fait du crochet avec ses branches. Parfois il abandonne une de ses feuilles sur mes cuisses, petits planeurs de fibres mortes que je détaille un instant, et puis, poussé par je ne sais quoi de l'enfance, je la brise...

Il fait drôlement bon pour un jour d'automne.

Le parc ! Moi ! Du soleil ! Pas de vent.